Introduction

Mise en contexte

Les programmes destinés aux filles âgées de 9 à 13 ans se traduisent par un large éventail de bienfaits. Voici un résumé des explications à ce sujet recueillies auprès des 14 bénéficiaires du Fonds pour les filles dans le cadre de l’évaluation globale menée par la Fondation canadienne des femmes à la fin du cycle 2009-2012.

  • Les filles ont des besoins et des intérêts distincts.
  • Chaque sexe se comporte différemment et les filles préfèrent souvent un espace bien à elles.
  • Les filles sont plus enclines à agir naturellement si elles sont en présence d’autres filles.
  • Entre filles, elles sont plus disposées à s’ouvrir et à s’exprimer.
  • Elles se sentent plus libres d’aborder certains sujets (p. ex., sexualité, troubles alimentaires, estime de soi, image corporelle).
  • Elles sont moins préoccupées par leur apparence.
  • Elles craignent moins de se faire taquiner/intimider lorsqu’elles sont dans un espace sécurisant.
  • Les filles se comportent différemment en présence de garçons.
  • Le fait de se retrouver entre filles les aide à se sentir fortes et uniques.
  • La présence de modèles de rôle féminins leur montre qu’on peut être intelligente et prendre sa place.
  • Les groupes pour filles leur semblent plus positifs et divertissants.

Pourquoi les filles?

Depuis quelques décennies, les femmes ont accompli de grands progrès. Elles occupent de hautes fonctions dans le monde du travail et sont de plus en plus nombreuses à assumer des postes de direction. Les programmes s’adressant aux filles doivent tenir compte de ces réalisations, les célébrer et s’en inspirer dans leurs activités.

Même si les perspectives d’avenir se sont multipliées pour les femmes, un grand nombre de jeunes Canadiennes font face encore de nos jours à des obstacles systémiques qui nuisent à leur croissance et à leur développement. Au quotidien, elles se heurtent à des difficultés liées à la santé physique et mentale, à l’image corporelle, au genre et à l’estime de soi (Iglesias et Cormier, 2002). De plus, un grand nombre de jeunes filles doivent composer avec la pauvreté, le racisme, l’homophobie, la transphobie et le sexisme. Enfin, la violence dirigée contre les femmes et les filles continue d’être un problème grave.

La préadolescence représente un moment décisif dans la vie des filles. C’est une période de transition et de questionnement durant laquelle leur identité commence à se forger. Certaines s’ouvrent à de nouvelles idées sur l’expression de genre. Or les attentes à l’égard des filles sont élevées sur le plan de l’apparence et du comportement. Les rôles sexués qui définissent la féminité adulte peuvent sembler contradictoires et restrictifs aux yeux des filles (Kaplan et Cole, 2003). En les engageant dans un programme de mentorat, on peut intervenir à une étape cruciale dans ce processus de développement et d’exploration. Le mentorat peut s’avérer un excellent moyen de soutenir les filles et de miser sur leurs atouts et les succès qu’elles ont connus jusque-là. En les acceptant pour ce qu’elles sont et en cherchant à renforcer leurs capacités pour les aider à faire face aux difficultés et aux expériences typiques de l’adolescence, le mentorat peut intervenir au plus fort de leur développement.

« Les parents et les filles ont évoqué plusieurs raisons pour lesquelles le programme devrait être réservé aux filles, notamment : elles sont plus à l’aise de s’ouvrir et de s’exprimer en présence d’autres filles; les garçons et les filles se comportent différemment; le comportement des garçons est parfois perturbateur; et les garçons et les filles ont des besoins et des intérêts distincts à cet âge. »

— Fondation canadienne des femmes (2014)

Les programmes pour filles créent un espace sécurisant dans lequel les participantes peuvent se questionner sur leur identité, établir des relations positives et mettre en valeur leurs points forts et leurs aptitudes. Ils leur proposent un environnement enrichissant où elles côtoient des modèles de rôle féminins plus âgés qu’elles, ce qui offre un immense potentiel sur le plan de la croissance, de l’acceptation et du soutien. Également, ils ouvrent un espace de discussion qui peut encourager les filles à remettre en cause les stéréotypes et à parler de l’intimidation et de l’oppression qu’elles subissent. Tous ces éléments contribuent à créer un cadre propice à l’acquisition des aptitudes et de la confiance nécessaires pour dénoncer l’oppression dont elles-mêmes et d’autres personnes sont victimes.


Pourquoi le mentorat de groupe

Voici comment l’American Psychological Association (APA) (2014) décrit l’expérience des filles pendant la préadolescence :

« La préadolescence se révèle une période particulièrement stressante pour les filles sur le plan des relations avec les amis et les pairs, car elle est marquée par une nette augmentation de l’agression relationnelle indirecte. Plus courant chez les filles, ce phénomène se caractérise par certains comportements comme le fait de répandre des rumeurs au sujet de quelqu’un ou de brandir la menace de désaffiliation; il est plus pénible à vivre pour les filles que pour les garçons. L’agression relationnelle semble apparaître à un stade où les filles s’initient aux rapports de pouvoir et tentent d’adhérer ou de résister aux modèles de féminité conventionnels... Les amitiés peuvent être une source de connaissance et de soutien pour les adolescentes, mais elles sont aussi parfois un objet de discorde, de confusion et de désarroi; cela s’observe en particulier à partir du moment où les filles entrent dans l’adolescence et prennent conscience des modèles culturels dominants en matière de sexualité, de féminité et d’apparence. En engageant un dialogue avec les filles sur ces questions et en les amenant à analyser ensemble la façon dont les rapports de pouvoir se reflètent dans leurs propres relations avec les filles et les femmes qu’elles côtoient, on peut les guider et leur offrir des occasions de résister aux cloisonnements sociaux. »

« Il est possible qu’à long terme, le mentorat de groupe mène à l’établissement de relations qui ouvrent des fenêtres insoupçonnées sur de nouvelles attentes, sur l’empathie, la tolérance à l’égard des différences et la bienveillance réciproque. » — Leadbeater et Way (2007)

- Leadbeater et Way (2007)

Le mentorat de groupe offre une approche qui permet d’établir avec les filles, comme le conseille l’APA, un dialogue sur les problèmes qu’elles éprouvent dans un cadre qui favorise des rapports positifs avec des pairs et des adultes. La taille des groupes et le ratio de jumelage varieront en fonction des objectifs du programme, du type de mentor et des ressources disponibles.

Tous les modèles de mentorat procurent des bienfaits aux enfants, aux jeunes et à leurs communautés. Le mentorat de groupe a ceci de particulier qu’il contribue au développement des relations à la fois sur les plans horizontal (avec les pairs) et vertical (avec les adultes ou des personnes plus expérimentées) :

« Les relations verticales offrent protection et sécurité ainsi que des occasions d’acquérir des aptitudes sociales fondamentales. Les relations horizontales offrent un cadre dans lequel on peut mettre ces aptitudes en pratique et les développer. Même si leur nature évolue, les deux types de relations jouent un rôle essentiel pendant les transitions qui ponctuent le développement depuis la petite enfance jusqu’à l’adolescence. »

- Kuperminc et Thomason, 2014

Par ailleurs, certains émettent l’hypothèse que le mentorat de groupe est plus accessible aux jeunes marginalisés que le mentorat individuel (Herrera et coll., 2002). Il permettrait aux jeunes qui sont mal à l’aise dans une relation individualisée de profiter quand même des avantages que procure le mentorat grâce à la présence au sein du groupe de mentors et de pairs solidaires. Les groupes réservés aux filles offrent un cadre positif où elles peuvent partager des ressources et discuter. Tout indique que les relations intimes à caractère psychosocial sont celles qui profitent le plus aux filles, en particulier lorsqu’elles entrent dans l’adolescence (Denner et Griffin, 2003). Le mentorat de groupe pour filles peut s’avérer un outil précieux pour les organisations dont les ressources sont limitées ou les communautés ne comptant qu’un bassin limité de mentores. Grâce au type de jumelage qui le caractérise, il permet d’augmenter le nombre de filles dans les programmes et d’en multiplier les retombées.

« Lorsqu’est venu le temps de résoudre des difficultés importantes, le soutien mutuel entre mentores et protégées a joué un rôle fondamental. Les filles m’ont appris l’importance de la persévérance et renforcé ma conviction qu’il ne faut jamais juger autrui à partir de sa première impression. Le fait d’avoir pu assister à la formation d’un groupe aussi soudé et solidaire fut pour moi une expérience profondément enrichissante. »

— Boys & Girls Club of London, Just for Girls Mentorship Project

Quelle est l’approche de la Fondation canadienne des femmes en matière de mentorat de groupe pour filles?

Depuis 2006, la Fondation canadienne des femmes soutient, au bénéfice des filles qui atteignent la tranche d’âge critique de 9 à 13 ans, des programmes qui mobilisent leur corps, leur intelligence et leur esprit. Prenant appui sur le Fonds pour les filles dans la perspective de multiplier les possibilités offertes aux filles, nous avons mis sur pied le Programme de mentorat pour filles Nancy Baron, grâce à un don généreux de la Fondation W. Garfield Weston. Le mentorat est largement reconnu comme un moyen très efficace de promouvoir le leadership chez les filles, d’augmenter leurs chances d’être exposées à différents points de vue et expériences et de bâtir leur confiance en elles grâce au renforcement des liens avec leur entourage.

De 2012 à 2016, la Fondation a aidé organismes à offrir du mentorat de groupe à quelque 1 400 filles partout au pays. Le Programme de mentorat pour filles Nancy Baron réunit des éléments innovateurs dans le but de soutenir la mise en place du mentorat de groupe dans différentes communautés. En voici un aperçu :

  • Les participantes sont intégrées à un petit groupe de filles, puis jumelées à une ou plusieurs mentores, ce qui leur permet de forger des liens avec celles-ci et avec leurs pairs.
  • Chaque organisme adapte son programme en fonction des besoins et des atouts particuliers du milieu. À titre d’exemple, certains choisissent leurs mentores parmi des élèves du secondaire dans le but de renforcer le leadership des adolescentes. D’autres recrutent des adultes ou des aînées dans l’optique de favoriser la compréhension et le respect entre les générations.
  • L’organisation du programme, le recrutement des mentores et des participantes et l’encadrement des rapports de mentorat incombent au personnel du programme, de façon à en maximiser les retombées. Le rôle de mentore est assumé par des bénévoles.
  • Chaque programme se fonde sur une approche globale axée sur les compétences et sur les filles.
  • La priorité va aux filles les plus désavantagées; une grande priorité est accordée aux filles des communautés autochtones et nordiques.

L’apprentissage mutuel entre prestataires de services fait partie intégrante du programme. La moitié des groupes ont été mis sur pied au cours de la première année du cycle de financement de quatre ans; les autres groupes se sont fondés sur l’expérience de leurs prédécesseurs pour lancer leur propre programme durant la troisième année. La Fondation canadienne des femmes accorde une grande importance à l’échange des savoirs. D’un bout à l’autre du pays, les organismes participants ont la possibilité de prendre part à la réflexion sur le mentorat de groupe pour filles et d’acquérir des connaissances par le biais de formations en ligne et en personne.

Grâce à l’évaluation minutieuse des programmes, nous avons perfectionné l’élaboration et l’animation de groupes de mentorat pour filles âgées de 9 à 13 ans. Nous avons ainsi pu dresser un inventaire exhaustif des pratiques exemplaires, des occasions d’apprentissage et des ressources susceptibles d’avoir les meilleures retombées et de bonifier les services offerts aux filles d’un bout à l’autre du pays.

Programmes de mentorat de groupe pour filles subventionnés par la Fondation canadienne des femmes de 2012 à 2016 :

Big Brothers Big Sisters of Saint John
Boys & Girls Club of Hamilton
Boys and Girls Club of London
Boys & Girls Club of South Coast BC
Calgary Immigrant Women’s Association (CIWA)
Girls Inc. of Northern Alberta
Ka Ni Kanichihk
North York Community House
Sturgeon Lake First Nation
Thorncliffe Neighbourhood Office
Tsleil-Waututh First Nation
Wahbung Abinoonjiiag Inc.
Y des Femmes de Montréal
YWCA Cambridge
YWCA Muskoka
YWCA Toronto
YWCA Yellowknife

La Fondation canadienne des femmes a collaboré étroitement avec cinq organismes communautaires à la préparation de la présente trousse. Après une période d’essai de six mois, les groupes concernés ont participé activement à son évaluation. Notre projet pilote visait à analyser la qualité et la fonctionnalité de l’outil et à susciter un processus d’apprentissage et d’amélioration continu fondé sur la collaboration. Cette approche nous a permis d’adapter le contenu de la trousse pour qu’elle réponde le mieux possible aux besoins des organismes désireux de mettre sur pied un programme de mentorat pour filles.

Programmes pilotes subventionnés par la Fondation canadienne des femmes en 2014-2015:

Community Action Resource Centre
Cornerstone Family & Youth Inc.
Inuvik Youth Centre
Sarnia-Lambton Rebound
YWCA Lethbridge

Points à retenir

Les programmes de mentorat offrent un cadre sécurisant et stimulant dans lequel les jeunes filles établissent un rapport bénéfique avec des pairs et des mentores. L’information contenue dans cette section vise à :

  • expliquer les avantages du mentorat pour les filles;
  • présenter les différents volets de notre trousse;
  • mettre en lumière les difficultés auxquelles se heurtent les filles;
  • illustrer en quoi le mentorat de groupe est propice au renforcement de l’autonomie;
  • décrire l’approche de la Fondation canadienne des femmes en matière de mentorat de groupe destiné aux filles.


Contactez: mentoringgirls(at)canadianwomen.org